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Le Caire, 1945. Du balcon de la rue El Wali, Isaac Sasson, neuf ans, regarde tourner la roue du marchand de jus de canne d'en face. Il ne sait pas encore qu'il est quelque part : on ne se demande pas, à neuf ans, si l'on est chez soi.
Sa famille est là depuis toujours. Son grand-père est arrivé d'Alep, son arrière-grand-mère de Livourne, sa grand-mère prie dans l'espagnol des expulsés de Castille. Ils sont nés au Caire, ils y ont travaillé, ils y ont enterré leurs morts - et aucun d'eux ne possède la nationalité d'aucun pays du monde.
Douze ans plus tard, Isaac monte une passerelle à Alexandrie avec une valise et un document qui porte la mention sortie définitive, sans droit de retour .
Entre les deux : l'école des Frères, les émeutes de 1945, l'incendie du Caire, un père interné onze mois sans qu'on lui dise pourquoi et qui demandera trois fois à devenir égyptien sans jamais recevoir de réponse. Un rabbin de quartier qui tient sur un cahier d'écolier le compte de ceux qui s'en vont. Et un ami d'enfance qui, un matin de janvier 1955, cesse de traverser la rue.
Puis Milan, le froid, les guichets. Paris, le Sentier, un passeport français à vingt-neuf ans. Et, en 1965, dans une rue de Beyrouth, un verre de jus de canne qui n'a pas le goût qu'il fallait.
Nous étions du Caire raconte la disparition d'un monde par le menu : une gamelle de fèves descendue au bout d'une ficelle, une roue qui grince en face de chez soi, un chiffon vide au fond d'un trou. Un roman sur ce qu'on emporte, sur ce qu'on raconte, et sur la distance entre les deux.
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